L’évaluation des fonctions exécutives

Vous vous souvenez sûrement qu’il y a quelques semaines j’ai entamé une évaluation psychologique (je pense qu’on dit « cognitive ») de mon fils cadet afin d’avoir l’heure juste sur sa situation.  Comme il allait bientôt avoir 8 ans et que les tests d’évaluation sont différents à partir de cet âge, nous avions choisi de débuter un psychothérapie familiale en attendant que celui-ci ai son fameux 8 ans.  Nous avons travaillé fort sur la résolution de conflits dans la fratrie, nous avons aussi mis en place des méthodes pour revenir au calme et contrôler la colère.  Avec la psychologue, nous avons eu un service 4 étoiles, se déplaçant même à la maison pour mieux évaluer cette fameuse dynamique familiale (qui était selon ses dires, assez particulière).  Or, le fameux 8 ans arriva enfin et nous avons débuté l’évaluation.

L’évaluation

Comme je le racontais dans un billet précédent (Un choc, mais pas une surprise), nous avons commencé par évaluer l’atteinte des fonctions exécutives. Ces fonctions regroupent les capacités liées à l’anticipation, la planification, l’organisation, la résolution de problème, le raisonnement logique, la mémoire de travail, le contrôle cognitif, la pensée abstraite, l’apprentissage de règles, l’attention sélective, la sélection de réponses motrices, la motivation, l’initiative, etc. Un petit test a suffit pour conclure qu’en effet, les fonctions exécutives de mon fils étaient atteintes, donc nous avions devant nous une forme non-définie de TDAH. Petit deuil…

La semaine suivante, nous avons procédé à l’évaluation de son niveau de développement. Deux grosses heures d’évaluation pour conclure que celui-ci se situait dans la moyenne mais qu’il manquait de maturité (surprise ici!).  Encore un petit deuil…

Nous avons maintenant franchi la troisième portion de l’évaluation des fonctions exécutives qui consiste à évaluer l’attention et nous avons aussi ajouté à cela l’évaluation de l’anxiété. Cette fois, j’étais présente tout au long de l’évaluation.  J’ai grandement apprécié l’expérience car d’une part, quand tu comprends la mécanique, tu comprends mieux les résultats de l’évaluation.  Et d’autre part, ça aide à faire passer le morceau… tu es témoin de la performance de l’enfant, tu ne peux donc pas nier les résultats ou en faire fi. À ma grande surprise, mon fils que je croyais organisé et attentif (quand on le compare à son frère), avait beaucoup de mal avec les tests.  Je pense entre autre au test qui consiste à compter le nombre de coups de feu entre deux sonneries et sur 10 évaluations, il n’en a réussit que 3.  Le décompte n’était pas simple, les coups de feu étant inégaux. Ce test fait appel à la mémoire de travail parce qu’il demande de se souvenir à quel chiffre on est rendu dans le décompte lorsqu’un autre coup de feu se fait entendre (quelques fois 3-4 secondes plus tard)… Une série d’autres tests ont suivi, certains écrits, d’autres sonores.  Deux heures d’évaluation… mon fils était brûlé et moi aussi.  À la toute fin, la psychologue m’a confirmé la présence du TDAH.  Toujours le deuil… un goût amer qui reste dans la gorge…

On réveille l’eau qui dort

Cette évaluation m’a fait réaliser que même si on ne prend pas conscience de ce qu’on transmet à nos enfants (l’inconscient), malheureusement, on finit parfois par leur passer ce qui nous a troublé nous aussi comme enfant.  Je ne parle pas ici du déficit d’attention ou de l’impulsivité, je parle des questionnements d’enfants, des inquiétudes… mon fils a peur de vieillir… il a 8 ans et il a peur d’être vieux.  Fait étrange, j’étais prise de la même inquiétude étant petite.  En fait, je pense que j’étais beaucoup plus vieille que lui quand on a pu identifier ma peur de vieillir, de devenir adulte.  Je vous épargne mes névroses d’enfant mais ce qu’a dit mon fils, m’a donné un grand coup.  Qu’est-ce que j’ai fais pour lui transmettre ça?? Je ne dis jamais rien en lien avec la vieillesse, je n’ai même pas peur de vieillir.  Je ne lui fait aucun commentaire sur la vie, la vieillesse, la mort et tout ce qui entoure cette étape de la vie.  Où a-t-il été chercher ça??  C’est dingue la vie parfois… comme je dis souvent « la vie se charge de te servir le même repas tant et aussi longtemps que tu n’y a pas vraiment goûté ».  J’ai vraiment l’impression d’être prise dans un cercle vicieux.

Sensibilité à fleur de peau

On m’a souvent dit que j’étais émotive. Il ne fallait pas chercher très loin, quand une boule d’émotion m’envahissait, je n’arrivais plus à parler sans que les sanglots m’envahissent.  Ça passe à 9-10 ans, à 18, c’est moins drôle.  Aujourd’hui, on me dit que je prends les choses à coeur avec mes enfants (trop, de ce que j’ai pu comprendre), que je cherche beaucoup à comprendre le pourquoi du comment et que ce n’est peut-être pas nécessaire.  Ce n’est qu’une paire de lunettes qu’on met à nos enfants après tout… bien pour moi, non, ce n’est pas ça.  La petite paire de lunettes ne résout pas tout et surtout, elle ne s’explique pas toujours… je cherche des réponses sur les comportements humain, sur les gènes, sur l’héritage qu’on laisse à nos enfants… est-ce l’émotive en moi qui a besoin d’apaiser son anxiété…? J’en doute… je trouve qu’il est normal de se questionner. Il se trouve qu’il existe sur cette terre, des gens qui se questionnent plus que d’autres… et visiblement, j’en fais partie.

Dans deux semaines, on nous livrera le rapport final, le diagnostic officiel.  J’ai une très bonne idée de ce qui nous attend… ce n’est pas notre premier épisode.  J’anticipe quand même le moment… j’ai hâte d’en finir parce qu’à chaque journée d’évaluation, je trouve ça souffrant.  Une souffrance qui s’exprime un peu comme un deuil (qui n’a rien de mortel bien entendu)
… un processus normal par lequel nous devons passer.  Suivra la délivrance, l’atteinte de la résilience.  Mais je n’en suis pas encore là… mais j’y travaille 😉

Un grand coup de balai

Cette photo illustre bien comment je me sens en ce moment. D’une part, je me sens rongée de l’intérieur comme cette citrouille éventrée.  On me vide de mon énergie, de mon intérieur, de moi-même.  La vie s’est chargée de venir me prendre les dernières énergies que j’avais, de miner un peu mes rêves et aspirations. J’avais la tête pleine de beaux projets que je souhaitais voir grandir mais je me questionne sur la pertinence de mettre autant d’énergie dans ceux-ci alors que mes enfants ont besoin de moi.  Encore plus avec ce 2e diagnostic. Ne devrais-je pas mettre mes énergies à l’épanouissement de mes enfants plutôt qu’au mien?

D’autre part, cette photo illustre aussi l’éparpillement de mes idées, de mes émotions.  Je ne sais plus comment y mettre de l’ordre.  Je sais que ce sentiment ne sera que temporaire mais pour l’instant, je vis exactement ce que mon fils vit à longueur de journée.  J’avoue trouver cet état un peu déstabilisant.  Je sais que je suis à l’étape du deuil et que je m’en remettrai… mais pour l’instant, je regarde ces petites graines s’éparpiller et je n’ai qu’une seule envie, passer un grand coup de balai.

L’évaluation psychologique

Ça y est, le diagnostic est enfin tombé.  Notre fils aîné, que j’appellerai Géronimo, a été diagnostiqué avec le TDAH au mois de novembre 2009.  Il avait 7 ans et demi, il débutait sa 2e année du primaire.  Nous avons eu envie de savoir ce qui habitait notre enfant parce que depuis toujours, il avait un comportement, une attitude un peu différente des autres enfants.  Bien que je ne puisse associer tous les comportements de mon fils au TDAH, il nous apparaissait à cette époque, que nous avions entre les mains, un enfant au parcours particulier.

Après plusieurs années à essayer de comprendre et à bout de souffle, nous avons décidé de consulter une clinique privée en évaluation psychologique trouvée sur Internet (yen a qui sont branchés, enfin!) Le privé? Eh oui! Bien que le Québec soit très bien outillé pour diagnostiquer les troubles d’attention, le temps d’attente pour obtenir un diagnostic est de plus d’une année.  Quand la soupape « pette », tu ne peux pas attendre un an.  Il faut agir tout de suite.  C’est la survie de notre couple, de notre famille qui est en jeu.  Nous avons vidé nos tirelires et nous sommes allé rencontrer Annie au CCPE.

Annie nous a d’abord rencontrés (parents) pour bien saisir notre besoin.   Je dois préciser tout de suite que je n’étais pas certaine que mon fils avait vraiment les signes du TDAH. Il n’avait aucun problème d’apprentissage ni d’hyperactivité et il surpassait depuis toujours nos attentes en termes d’apprentissage (un p’tit vite!).  C’est dans l’attitude que nous avons détecté une problématique.  Nous avons même pensé vers l’âge de 2-3 ans qu’il avait un problème d’audition tellement il ne portait pas attention à ce qu’on lui disait.  Mais c’est vraiment à la maternelle que nous avons remarqué son manque de maturité et d’inattention.  En le comparant aux autres élèves bien sûr, mais aussi parce que les adultes l’entourant, se questionnaient sur son comportement.  Ils devaient sans cesse le ramener à l’ordre.  Géronimo avait aussi du mal avec les transitions (passer d’une activité à une autre) et ne respectait pas bien les consignes.  Il parlait beaucoup et écoutait peu.

Nous avons donc raconté le parcours de notre enfant à Annie qui notait tout.  Je lui ai fait part de mon questionnement à l’égard de la possible douance (ou haut potentiel) de notre enfant parce que j’étais, oh combien certaine que c’était ça! Elle nous a ensuite proposé une approche d’évaluation.  Elle nous proposa de rencontrer Géronimo à 2 reprises pour évaluer sa capacité intellectuelle et ses capacités d’attention.  2 rencontres de 2 heures seule avec l’enfant à lui faire faire des jeux et des exercices.

En bout de piste, nous avons dû ajouter une 3e rencontre de 2 heures parce Géronimo avait réalisé plus d’exercices d’aptitude que prévu.  Géronimo aimait beaucoup ces rencontres, il sentait qu’il en mettait plein la vue à Annie.   Les rencontres ont été suivies par un rapport plutôt exhaustif et très scientifique.  Bien étoffé, bien mesuré, rempli d’échelle de percentile pour chacun des tests.  Le rapport nous confirma à notre grand étonnement, que nous avions un enfant TDAH avec hyperactivité de niveau moyen à sévère.  Bien que ce ne soit pas comparable en termes de gravité, je me suis sentie comme ces gens que l’on voit dans une pub et à qui on annonce qu’ils ont le cancer ou qu’un de leurs proches en est atteint (ces gens tombent à la renverse dans la pub).   Renversant est le mot.  Annie m’a dit « vous allez devoir faire un certain deuil ».  Elle avait raison, j’ai sentis mon monde s’écrouler.

Prendre le taureau par les cornes !

Mon petit amour allait être affecté par ce trouble jusqu’à la fin de ses jours… lui qui avait tant de potentiel, tant d’avenir.  Woooooooh me direz-vous, il-a-de-l’avenir ! Et vous avez raison ! J’ai décidé de prendre le taureau par les cornes et d’affronter la situation, de me battre pour lui! Nous l’avons mis au monde, nous sommes ses guides et nous allons le guider malgré tout, peu importe ce qu’il a dans sa petite valise!